Il est paru… VINS, VIGNES ET VIGNERONS DE NORMANDIE Histoire d’un vignoble (presque) oublié

 

 

Il est paru… le livre que de nombreux normands attendaient VINS, VIGNES ET VIGNERONS DE NORMANDIE Histoire d’un vignoble (presque) oublié.

Des vignobles en Normandie ! Allons donc ! Chacun sait que c’est le pays du cidre. La région est aussi renommée pour ses produits agricoles, c’est vrai, en particulier pour ses fromages et son beurre, mais le vin ? Non, pas le vin. Pour tout le monde le vin c’est le Bordelais, la Bourgogne, la Provence et le Languedoc, le vin c’est le soleil… alors que la Normandie est plutôt connue pour ses ciels nuageux et changeants, ceux que Claude Monet aimait tant….

couverture1- Septembre Couverture du livre

 

Mais on aurait tort d’ignorer le vin et donc la vigne dans notre province. D’ailleurs celle-ci a peu à peu colonisé toute la France et au XVIe siècle, la limite nord de sa culture se situait près des côtes de la Manche et même celles de la mer du Nord ! Il fut un temps où de vastes parties de la province normande étaient couvertes de vignes; de Cherbourg à Blangy sur Bresle, d’Alençon à Dieppe, du Mont-Saint-Michel à Evreux on vendangeait et on pressait. Ce sont les abbayes qui se sont attachées en premier à l’extension de la viticulture normande. Bien entendu, le vin de Rouen n’a jamais été le rival de celui de Bordeaux, et pourtant d’aucuns ont parfois comparé le vin de la vallée de l’Eure et celui de la Bourgogne et ont pensé que le premier valait bien le second. Le vin normand circulait beaucoup, par la route, par voie fluviale ou maritime, jusque dans les pays nordiques et les revenus tirés de la culture de la vigne n’étaient pas négligeables…

Dès la fin du XVIIe siècle les vignerons ont dû s’adapter aux goûts nouveaux et produire le vin bon marché qu’on buvait dans les cabarets et les guinguettes qui fleurissaient autour de Paris. Mais cette culture aux résultats incertains à cause du climat ne pouvait résister longtemps face aux productions plus méridionales. Mais, la fin relative des guerres et des combats qui ravageaient le territoire national depuis presque toujours, le développement économique et la lente élévation du niveau de vie, des changements techniques comme les canaux – puis le chemin de fer – qui permettaient des communications rapides et économiques ainsi que, plus près de nous, l’immense bouleversement causé par la crise du phylloxéra ont anéanti le petit vignoble normand.

De l’an mil à aujourd’hui, du pressoir à la cave de l’abbaye de Fécamp ou à celle du bourgeois de Rouen, du travail obstiné du pauvre vigneron de la vallée d’Eure aux lourds prélèvements fiscaux, des exportations du vin normand vers les pays du Nord aux arrivées massives en provenance du Languedoc, de la parcelle de vignes de Vernon aux guinguettes autour de Paris, des premières vignes du VIIè siècle à la dernière vendange, celle de 2014… (2014 ? Oui, le vignoble normand existe encore et ses produits sont même notés dans deux célèbres guides des vins) rien de ce qui concerne le vignoble normand n’est étranger à ce livre qui est aussi une façon de faire revivre la mémoire des dizaines de milliers d’hommes et de femmes qui ont travaillé et peiné dans les vignobles normands pendant plus de treize siècles.

couverture2- Septembre

4ème de couverture

L’ouvrage de 222 pages, illustré de plusieurs cartes, est en vente chez l’auteur au prix  de 12,70 €.

Vous trouverez ci-après 11  extraits du livre qui, espérons-le, vous donneront une bonne idée de son contenu ainsi que des informations pour commander et un bon de commande. Bonne lecture.

(Cliquer sur les titres ci-dessous pour y accéder directement.)

On buvait sec dans
les monastères
La faible
rentabilité du vignoble normand
Donations médiévales Jumièges et Conihout
Une des raisons du déclin Frauder le fisc à Rouen
Le vin médiéval. Sa qualité Nouvelles plantations au XVIIIe
isècle
Consommation du  vin de
pays et des vins importés au XIVe siècle
Les dernières grappes
La concurrence du cidre Pour commander le livre ( infos et bon de commande)

Vins, vignes et Vignerons de Normandie en quelques mots

Chapitre 1: La vigne et le climat en Normandie.
Les besoins climatiques de la vigne
Le climat normand – les zones où la viticulture est envisageable
Conséquences pour les vignerons
Comparaison avec d’autres vignobles
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le climat normand n’est pas totalement hostile à la vigne. Quelques petites régions ont un ensoleillement acceptable et une humidité pas trop excessive, et offrent des conditions climatiques similaires à certaines autres régions viticoles françaises pourtant très connues.

Chapitre 2 : L’essor du vignoble (1000 – 1150)
raisons politiques, climatologiques (le Petit Optimum Médiéval), économiques (coût des transports), sociologiques (consommation ecclésiastique et bourgeoise) – Géographie de l’extension maximum.
Un essor très bref (150 ans) qui couvre toute la Normandie de vignes

Chapitre 3 : le recul (1150 – 1700)
Raisons politiques, climatologiques ( le Petit Age Glaciaire), la concurrence du cidre, et surtout les taxes – Géographie et historique du recul.
Un recul aussi rapide que fut l’expansion. Seules deux régions viticoles subsistent en 1500.

Chapitre 4: les principales régions viticoles
l’Avranchin – le Perche – Argences – Jumièges – les vallées de l’Eure et de la Seine

Chapitre 5 : le XVIIIe siècle
Nouvelles données démographiques et culturelles
un coup de fouet au vignoble des vallées Eure et Seine
adaptation des vignerons à ces données: nouveaux cépages, recherche de la quantité au dépend de la qualité.

Chapitre 6 : techniques de culture – qualité du vin
le provignage, les échalas etc…pour un vin dont les qualités sont souvent mises en doute, à juste titre d’ailleurs! Un commentaire oenologique moderne explique pourquoi.

Chapitre 7 : propriétaires et locataires
propriété et fermages au Moyen Age; micropropriéte dès le XVIIIè siècle.
La condition sociale des vignerons normands est un reflet de celle de l’ensemble du petit peuple pendant le Moyen-Age et l’Ancien Régime.

Chapitre 8 : l’ultime déclin
Amélioration des communications vers  Paris

L’influence de la Révolution
Signes avant-coureurs dès la fin du XVIIIè siécle
Les maladies de la vigne
Le climat
La course à qui fera le plus mauvais vin
Le point en 1808
L’effondrement des vignobles normands et des autres
Le destin du vignoble normand suit celui de la région parisienne et ne peut résister aux nouvelles données économiques. il tout de même perduré jusqu’au milieu du XXe siècle.

Chapitre 9 : survivances en 2013
Micro-toponymie – témoignages religieux – traces matérielles dans la campagne – un vignoble replanté il y a une quinzaine d’années – vignerons amateurs

Annexes:
– Cartes :
– Carte des conditions climatiques en Normandie
– Carte de l’étendue du vignoble normand
– Carte du vignoble dans les vallées de l’Eure et de la Seine
Le prix du vin aux XIVè et XVè siècles
– Cidre, vin de pays et importations au XIVe siècle
– Propriétés viticoles de l’Eglise dans le département de l’Eure à la Révolution
– Superficie des vignobles et production dans le département de l’Eure au XIXè siècle
– Mesures de superficies et de volumes – Monnaies
– La tonnellerie

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Nouvelle édition …

Une nouvelle édition (revue et complétée) de Vins, Vignes et Vignerons de Normandie est en vente depuis le 12 avril 2016 et disponible à la vente chez l’auteur, toujours au même prix ( difficilement battable) de 12,70€.

 

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Pour commander le livre

(Vins, Vignes et Vignerons de Normandie est disponible à la vente chez l’auteur, à qui il reste quatre exemplaires dont il faut profiter vite, car  une nouvelle édition (revue et augmentée) sera publiée, mais  disponible à la vente seulement vers le 10 avril 2016.

A la somme de 12,70€ par exemplaire commandé, il convient d’ajouter les frais de port : 4,20 € pour 1 ex ( Les tarifs postaux des ‘lettres’  ont augmenté de près de 10% le 1er janvier 2016! Désolé…

(Je vous conxeille de me contacter avant toute commande pour savoir s’il me reste ou non un livre à vendre.)

Merci d’adresser votre commande et votre chèque (16,90 €) à l’ordre de l’auteur, Jean-Claude Viel
adresse : Jean-Claude Viel
63c Avenue Montgomery
27200 Vernon

(Bibliothèques et autres organsismes publics: envoi de devis, RIB  et facture, selon  leurs exigenes)

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Un vin nouveau, un vin rare… le vin de Gaillon

Un  cru que vous ne trouverez pas au supermarché, mais un cru de qualité. J’en ai bu  il y a quelques jours et j’avoue avoir été très agréablement surpris. Quand on parle du vin de la vallée de la Seine, on se souvient su Cailloutin qu’on produisait autrefois et qui, il faut l’avouer, était médiocre, pour ne pas dire mauvais. Le petit vin blanc de Gaillon, vin nouveau, vin rare,  se laisse boire. Certes ce ne sera jamais l’équivalent d’un grand Bordeaux ou un magnifique Bourgogne, mais il est de belle venue et fort plaisant.

Plusieurs habitants de Gaillon et de sa proche région personnes ont voulu  rappeler le temps, pas si lointain, où les vignes couvraient les coteaux de la vallée de la Seine. et ils ont  planté  de micro-vignobles  de quelques dizaines de pieds chacun où poussent deux cépages, du Florentin ( blanc) et un peu de Baco (rouge).    En plus du vin blanc, on peut faire un assemblage  de Florentin  et d’un petite quantité de Baco, qui a donné naissance au Clairet de Gaillon  qu’élève avec  amour une Confrérie du Clairet de Gaillon.

 

pic4 Bouteille du Clairet de Gaillon Le 13 décembre 2014,  un nouveau membre étaita admis dans la confrérie, Monsieur de Vautibaut qui venait de planter un  micro-vignoble, dénommé de Clos Bonnard (39 pieds de Florentin et un de Baco).  Voilà une nouvelle façon de faire revivre la maison que’avait habitée Pierre Bonnard au début du XXe siècle. (Notez que  le Florentin, cépage nouvellement créé par l’INRA,  est parfaitement adapté au climat normand et à ses particularités, tempéré, frais et humide.  Cette variété est cultivée dans le sud de l’Angleterre (Sussex, Kent…) Le Clos Bonnard vient donc s’ajouter au Clos Adelaïde et à celui de Chez Claudine et au Clos Valdemar.

 

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Un Clos récemment planté

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Vendanges 2013

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La Confrérie du Clairet de Gaillon

 

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Le Clos Bonnard, qui vient juste d’être planté

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On buvait sec dans les monastères !

Extrait du chapitre 2 – Il y a d’abord le vin sacrificiel, celui de la communion. Jusqu‘au milieu du XIVe siècle – date de l’abandon de cette règle liturgique – les fidèles reçoivent la sainte Communion sous les deux espèces, pain et vin. (L’église a d’ailleurs longtemps hésité entre vin rouge et vin blanc, passant plusieurs fois de l’un à l’autre.) Le vin est  donc indispensable. Que ferait-on si le vin sacrificiel venait à manquer ? Dans les conciles on entend les évêques et les abbés se préoccuper de ce qui serait une situation impensable. Est-il possible de couper le vin avec de l’eau ? Peut-on , en cas de pénurie, remplacer le vin de messe par du jus de raisin? Le concile d‘Aix la- Chapelle, en 814, avait ordonné aux chapitres de chanoines de « se munir de vastes celliers » et d‘acheter du vin si celui de leurs propres vignobles venait à manquer. Vers la même époque, l’évêque d’Orléans recevait le titre de  Père des vignes, preuve de l’intérêt que l’Eglise portait à cette boisson.

Pour les abbayes, monastères, prieurés et couvents, la règle bénédictine énoncée au VIe siècle se généralise à toute l‘Europe carolingienne aux VIIIe et IXe siècles : le vin est la boisson courante des moines et de leurs commensaux dont la ration quotidienne est fixée par la règle à une émine (0,476 litre). Mais cette quantité est un minimum pour ceux qui n’effectuent pas de lourds travaux; elle peut être augmentée pour les travailleurs manuels, par exemple ceux occupés aux défrichements, aux travaux agricoles, ou à la maçonnerie. D’ailleurs la règle précise clairement que « une émine peut être augmentée sans pour autant  provoquer l’ivresse que la règle interdit.» C’est pourquoi, lors des 100 à 150 célébrations dominicales et festives on servait des suppléments de vin que, généralement, les moines appréciaient beaucoup.

A partir du XIIe siècle, diverses réformes réduiront peu à peu la quantité de vin autorisée pour la consommation des moines, mais pendant tout le Moyen-Age celui-ci reste la boisson courante même dans les ordres les plus sévères : les cisterciens, dont on connait la règle rigoureuse, réduisent la consommation par tête sans jamais songer à l’interdire et, comme les Bénédictins, autorisent  le père abbé à augmenter la ration journalière «…si les conditions de lieu, le travail, l’ardeur de l’été l’exigent

A la consommation des moines et à celle de leurs ouvriers, quand ceux-ci étaient nourris par le monastère, il faut ajouter le vin nécessaire à l’hospitalité. En effet, chaque monastère devait assurer l’hospitalité des voyageurs et des pèlerins en leur fournissant le vivre et le couvert. Saint Benoit avait fixé dans le détail l’exercice de cet accueil car, pour lui,  tout étranger qui se présente est semblable au Christ et doit donc être accueilli avec honneur. C’est pourquoi on recevait les voyageurs qui le voulaient à coucher pendant trois nuits – au plus. La cella hospitum, l’hôtellerie, disposait de bâtiments spéciaux qui leur étaient consacrés où le souper, la lumière, le feu, le coucher étaient assurés. Le plus souvent l’accueil se faisait dans une unique salle où logeaient les pauvres, les voyageurs et les pèlerins. les personnages d’un rang plus élevé disposaient d’un bâtiment plus confortable, l’hospitale nobilim, quand ils n’étaient pas reçus directement dans le logis abbatial.

Pour tous ces hôtes, le vin ne devait jamais faire défaut et un texte humoristique du IXe siècle s’en prend aux moines gyrovagues, ces moines errants qui ne sont  attachés à aucun monastère, éternels voyageurs et perpétuels hôtes des hospitalités : « Ces vagabonds, comptent sur l’hospitalité que l’apôtre a prescrite, mais d’abord ils laissent arroser leurs entrailles d’un gobelet toujours rempli. Et lorsque le visiteur famélique a fait table rase et balayé la dernière miette, il souligne encore avec une instance éhontée son ardente soif. (…) Une fois remplis à ras bord et bourrés à en vomir, ils font remarquer accessoirement quelle rude vie est la leur. Avant d’aller au lit, épuisés plus par l’effort de manger que par leur voyage, ils décrivent les épreuves de leur chemin, soutirant ainsi de nouveaux gobelets à leur amphitryon. (…) Où qu’ils aillent, leur soif de voyageur exige gobelet après gobelet, pèlerins qu’ils sont pour le salut de leur panse plus que celui de leur âme

N’oublions pas non plus les distributions aux pauvres, qui plus ou moins régulièrement recevaient de l’argent, du pain et du vin. Dans de nombreux monastères la plus grande distribution était celle du Jeudi Saint qui pouvait rassembler  plus de 300 bénéficiaires.

Un autre emploi du vin dans les institutions monastiques était l’usage médical. Les moines avaient préservé ce qui restait de la médecine antique. Parmi les nombreux produits minéraux ou végétaux utilisés (chaque monastère disposait d’un jardin de simples, c’est à dire de plantes à usage médicinal), on se servait du vin à titre thérapeutique. D’ailleurs, celui-ci était utilisé à cette fin depuis l’Antiquité. Hippocrate, père de la médecine, le prescrivait comme antiseptique, diurétique et reconstituant. Le vin, coupé d’eau et mêlé d’épices ou de miel, ainsi que le spécifie le « Viandier » de Taillevent, édition de 1486, était d’usage médical  courant et la médecine médiévale considérait les vins comme l’un des principaux breuvages curatifs, préférant d’ailleurs les vins blancs. Jean Cuba, médecin dont    le livre Hortus sanitatis  a été traduit en français en 1539, écrivait : « le vin conforce la digestion de l’estomach, et aussi fait de seconde digestion qui se fait au foye… il clarifie le sang troublé et mundifie les conduits et entrées de tout le corps. »

En fait, selon la théorie hippocratique des quatre éléments, le vin est bon pour quantité d’affections : froid et humide il rafraîchit les humeurs chaudes, mais chaud et sec il réchauffe le buveur et lui redonne force. Le vin rouge était censé être échauffant et porter à la tête. Paulmier le proscrivait au XVIe siècle chez tous ceux qui avaient la fièvre. Il existait de nombreuses façons de consommer ce vin médicinal liées à des connaissances expérimentales auxquelles magie et superstitions se mêlaient. On trouvait de bien curieuses préparations, telle le vin de cloportes contre la pierre et la gravelle ou le vin de poule contre les coups de tête ou encore le vinum Enulatum, obtenu avec diverses drogues végétales que l’on retrouve jusque dans la Pharmacopée Seu Parisiensis (1732) : « On affirme qu’une telle boisson est utile aux malades hernieux. Elle pousse à l’oubli de toute colère et douleur, elle réjouit le cœur ». ((Medicina Salernitana. Nova Editio Jacobus Stoer 1549.) Plus éloigné de la médecine et plus proche de la foi – à moins que ce ne soit de la superstition : le vin qui avait servi à laver la tombe du saint  ou l’autel de l’église  – lieu sacré puisqu’il symbolise le tombeau du Christ – était donné aux fidèles dans un but de guérison. On faisait de même avec la poussière obtenue en grattant le tombeau d’un saint que l’on mélangeait à un peu de vin.

Le vin peut même être utilisé en médecine vétérinaire comme le montre le compte de l’Hôtel-Dieu d’Evreux de 1442 dans lequel on trouve la fourniture de «  un settier de vin aigre pour une vache qui est malade – 5 deniers ».

Voilà de nombreuses raisons qui font que les monastères consommaient beaucoup de vin. Au total, on estime les besoins en vin à 400 litres par an et par moine, aux IXe et Xe siècles

. Un calcul assez précis a pu être réalisé à partir des comptes de l’abbaye Notre-Dame de Soissons au Xe siécle, une  abbaye de femmes, notons-le : pour un effectif de 416 personnes nourries à longueur d’année (dont 140 moniales), il avait été consommé cette année là 121 600 litres de vin, soit 0,8 litre par jour et par personne en moyenne

. L’abbaye Saint Ouen à Rouen en 1337 consommait 368 tonneaux par an et, vers la même époque, le Mont Saint Michel  en une seule fois passait une commande de 140 tonneaux, soit plus d’un millier  d’hectolitres ! Au XVIe siècle, Saint Ouen de Rouen recevait toujours, pour les besoins de l’église, de l’hostellerie et de l’infirmerie, environ 400 tonneaux de vin annuellement. (Pages 33 à 36)

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Donations médiévales

Extrait du chapitre 2 – Au Moyen Age, une grande partie des vignobles que possédait l’Eglise provenait de dons faits par les seigneurs, d’abord, puis à partir du XIIIè siècle, aussi par des particuliers – bourgeois fortunés ou gens plus simples qui faisaient des dons plus modestes : on considère à cette époque que l’offrande de biens matériels à l’Eglise –  c-à-d en priorité aux moines – est le geste de piété le plus susceptible de faire obtenir à celui qui l’effectue le salut de son âme.  (C’est la donatio pro anima.) En effet,  le donateur sachant que ses jeûnes et ses prières ne peuvent pas arriver à Dieu a besoin de ceux qui servent le Seigneur jour et nuit pour être sauvé – à  savoir les moines..

  • Vers l’an 1000, le duc Richard II avait donné à l’abbaye de Fécamp dans Saint-Pierre-d’Autils (département de l’Eure), douze arpents de vignes, que les moines conservèrent jusqu’à la Révolution. Ces mêmes moines possédaient aussi trois autres clos sur la commune voisine de Saint-Marcel.

  • Avant la fin du XIè siècle Renaud d’Orval fit don à l’abbaye de Lessay (département de la Manche,) de terres, prés et vignobles situés à Orval (département de la Manche) dont le Clos de la Vigne.

  • Le nécrologue de l’abbaye du Valasse (à Gruchet le Valasse, quelques kilomètres à l’est du Havre) nous informe que « en 1165, mourut Galéran de Meulan, qui donna à l’abbaye du Voeu beaucoup de biens, en forêts, en vignobles, en terres et en revenus. »

  • Un exemple de donation faite par un personne  modeste ; Le 25 août 1302, «Richard Mugoe et Tierce, sa femme, de la paroisse Notre Dame de Vernon donnèrent, quittèrent et délaissèrent à tout jamais, en pur don à hommes religieux, l’abbé et le couvent de Sernay, une pièce de vigne assise en ladite paroisse (…) pour le salut de leurs âmes et pour être accueillis en bienfaits spirituels des-dits religieux.» (Cartulaire de l’Abbaye Notre-Dame des Vaux de Cernay)

Les dons, même ceux faits par des seigneurs, pouvaient parfois se révéler presque insignifiants et certainement difficiles à gérer, telles ces donations faites à l’abbaye de Saint-André-en-Gouffern  la première par Agnès de Coupigny de trois sillons de vigne situé à Airan , l’autre par Robert de Courcy et ses frères d’un sillon de vigne également à Airan. Sauf si l’abbaye effectuait des opérations de «remembrement» par vente et rachat, échange, etc., étant donné que les dons avaient des tailles très variables et étaient situés dans lieux divers et éloignés, le patrimoine constitué était rapidement dispersé et difficile à exploiter.

Les donations pouvaient comporter des clauses très spécifiques: en 1205, Roger de Portes donnait à l’abbaye de la Noé (à La-Bonneville-sur-Iton, près d’Evreux) une vigne à Illiers-l’Evêque (une dizaine de kilomètres au nord-est de Nonancourt – département de l’Eure) avec le clos environnant, à condition que le vin en soit bu par les moines le jour de son anniversaire.

Parfois, les clauses sont vraiment surprenantes et difficiles à expliquer: à Caen, l’abbé de saint Etienne recevait sept pots de vin d‘Argences à l’ouverture de la foire annuelle. Le porteur devait boire un pot immédiatement et casser le récipient contre le mur du domicile du Prévôt !

(Pages 37 et 38)

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Quelques raisons du déclin du vignoble

 Extrait du chapitre 3 – La concurrence d’autres vignobles est une donnée plus certaine. Elle n’est peut-être pas suffisanteà elle seule pour expliquer le déclin du vignoble normand mais elle a dû peser très lourdement : il n’est qu’à voir les quantités « importées » en Normandie pour comprendre que c’était autant qui n’était pas acheté dans le vignoble local. Plusieurs chroniques  décrivent les quais de Rouen encombrés de tonneaux contenant des vins venant de loin, de provinces françaises ou de pays étrangers que ce soit pour les besoins des bourgeois ou ceux des abbayes On pense alors aux 140 tonneaux  de vin de Bergerac commandés par l’Abbaye du  ou Mont Saint Michel en 1317. Et que dire des 17 ou 18 000 tonneaux de vin de Gascogne qui entraient annuellement par le port de Régneville dans la Manche  vers 1360 – 1370?

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la guerre de Cent Ans n’a pas affecté le vignoble normand trop durement. Certes il y a eu des destructions, tant lors des premières chevauchées (le 9 août 1346, une grande partie des vignobles situés entre Gaillon et Vernon a été détruite) que pendant les combats à partir de 1415. De plus, bien des vignes ont été laissées à l’abandon par suite du déclin démographique lié tant à la Grande Peste qu’à la guerre. Il semblerait aussi que les Anglais au XIVe et XVe siècles aient détruit une partie du vignoble normand pour favoriser les vins du Bordelais. C’est du moins ce que dit un historien anglais du XIXe siècle. Il faut cependant se méfier car il ne cite aucune source pour justifier son affirmation, tout à fait crédible d’ailleurs. Mais d’autres sources, tout aussi peu documentées, pourraient indiquer le contraire et montrer que les Anglais ont tenté d’améliorer le vignoble normand : ils auraient importé de Guyenne des plans nouveaux dans l’espoir d’améliorer la qualité du vignoble d’Argences pour y produire un vin blanc surnommé «vin huet», mot qui serait, dit-on, une déformation de l’anglais «white».

La guerre de Cent Ans a aussi perturbé, voire interrompu des circuits commerciaux. Bordeaux, par exemple a subi de plein fouet la baisse de ses exportations; Rouen, pour sa part, importait et redistribuait beaucoup moins pendant les années de conflit : vers 1340, il entrait environ 80 000 hectolitres de vin par an sur le port, chiffre qui tombe à 68 000 en 1361 et à 40 000 en 1410. Mais inversement le vignoble normand – aussi diminué qu’il pouvait l’être – a conservé l’intérêt de la proximité et on peut penser que les perturbations des grand circuits économiques ont pu lui être favorables à certains moments, puisque sa production locale a permis de continuer à ravitailler la province quand les vins plus lointains arrivaient  difficilement ou même pas du tout .

(Pages 53 -54) Retour à la page de présentation du livre

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Le vin médiéval… Sa qualité ?

La qualité des vins  d’autrefois, spécialement des vins médiévaux ? Voilà une des grandes questions que l’amateur moderne de vin se pose. On se doute bien qu’elle était irrégulière et que certaines années, selon le climat, le vin devait être à peine buvable. Mais qu’en était-il des bonnes années ? Serait-il possible de comparer ces vins à des petits crus et à des vins de pays d’aujourd’hui? Délicate question à la laquelle on ne pourra pas répondre clairement car ces vins, leurs cépages, leurs méthodes de culture et de vinification ont disparu. Les méthodes de travail du vigneron moderne, même le plus traditionnel qui dit vouloir travailler «à l’ancienne», n’ont plus qu’un rapport très lointain avec les méthodes pratiquées il y a encore moins d’un siècle.

On parle souvent de la médiocre qualité du vin normand. il faut d’emblée  lever l »hypothèse de l’incompétence des vignerons. Si les soins nécessités par la vigne sont pénibles et coûteux, cette culture était conduite comme il se doit. Jules Guyot fut le plus grand oenologue du XIXè siècle, sa réputation était immense et méritée. Visitant le vignoble vernonnais vers 1860, il lui donne le meilleur des satisfecit : «il est impossible de voir des vignes plus belles et mieux tenues que celles de Vernon et des environs…. Cette conduite de la vigne est parfaite.»

Il faut aussi  rappeler que les vignerons ignoraient tout des processus physico-chimiques de la fermentation et ils ne disposaient d’aucun moyen de la contrôler et d’agir en conséquence. C’est seulement à la fin du XVIIIè siècle qu’on a commencé à pouvoir le faire mais les petits vignerons normands n’ont jamais adopté les nouvelles techniques.

Jusqu’au XVè siècle, les vins normands ou français (c-à-d les vins de l’Ile de France)  étaient tous assez semblables – mis à part ceux de quelques terroirs restreints ou d’éventuelles différences dues à des variations climatiques localisées. On produisait surtout un vin blanc « cler et net comme de l’eau, de subtile essence, ni doux, ni verdelet… tenu pour excellent », écrit Le Paulmier dans son Traité du vin et du cidre paru en 1589). Cette production avec son caractère d’unité venait de l’emploi de cépages identiques et d’efforts généralisés pour produire le meilleur vin possible afin de satisfaire des consommateurs exigeants, qu’ils soient locaux ou plus éloignés. Deux cépages régnaient en maître de la Normandie à la Champagne (quoique sous des noms différents selon les régions), le fromenteau, un cépage blanc et et le morillon, le cépage rouge qu’on trouvait en Bourgogne sous le nom de pineau ou pinot. Entre le vin blanc et le rouge, la préférence allait au blanc : on aimait les vins clairs, légers et limpides et c’est comme producteur de vins blancs que la Normandie (ainsi que l’Ile de France) était connue.

Alors, ces vins anciens? Disons-le franchement, ils ne devaient pas être à notre goût actuel; assez acides et sans beaucoup de goût en bouche, surtout si on les compare à un bourgogne ou à un bordeaux. Il est vrai que les consommateurs du XVè ou du XVIè siècle n’avaient guère l’occasion de comparer comme nous pouvons le faire !

On peut aller voir vers les textes populaires médiévaux, comme les fabliaux et mystères pour trouver quelques commentaires, comme le suggère Gilbert Garrier dans son article «L’ancienneté du vin nouveau»: dans le Dict des trois dames de Paris de Watriquet de Cauvin, on festoie en buvant du vin de la Champagne – qui ne pétille pas encore ! :
«
C‘est du vin clers, fremians,

Fort, fin, fres, sur langue friant,
Doux et plaisant à l‘avaler

Le Jeu de Saint Nicolas, écrit vers 1200 par Jean Bodel d‘Arras, nous offre aussi quelques commentaires populaires : « vin discret, plein, courant comme écureuil en bois, sans nul goût de pourri ni d‘aigre ; il court sur lie, sec et vif, clair comme larme de pécheur… Voyez comme il mange sa mousse, comme on le voit sauter, étinceler et frire ; tenez-le un peu sur la langue et vous en sentirez le goût passer au coeur ».

Gilbert Garrier  (« L’ancienneté du vin nouveau » in Académie Suisse du Vin  < http://www.swisswineacademy.ch/journal2002/lancienneteduvin.shtml>) écrit : « On commentera, en vocabulaire oenologique moderne, que ce vin nouveau n‘a pas totalement achevé sa fermentation alcoolique et contient des sucres résiduels… Tout ceci montre bien une fermentation inachevée et un sucre résiduel qui le rendent propre à boire. Mais certainement pas à conserver…»

Le blanc et le clairet (c’est à dire un vin rouge très pâle, presque du rosé, en fait – voir le chapitre 5, page 76) sont les plus appréciés jusqu’au XVIIè siècle mais, venant des vignobles septentrionaux, ce sont des vins acides, puisque faits à partir de raisins à peine mûrs du fait du climat et à consommer rapidement au plus tard avant un an. Ils sont « rêches, âpres et verts », écrit de Paulmier, et peu alcoolisés : ils titrent entre 7 et 8°, à peine 9° dans les meilleures années. Toutefois, n’allez pas penser que plus tard, au XIXè siècle il en allait autrement : dans le compte rendu de la séance de l’Assemblée nationale du 14 juin 1851, l’orateur précise que « 8 ou 9 degrés, c’est la force moyenne des vins vendus au détail chez les débitants de Paris ». Les grands vins bordelais ne titraient pas plus  au milieu du XIXè siècle: Lafitte, Margaux, Haut-Brion et Latour entre 8.7° et 9.3°.

Dès les temps anciens, les avis sont partagés mais avec des commentaires parfois flatteurs : Guillaume de Malmesbury au XIIè siècle vante le vignoble d’Argences (Calvados)  qui « produit du bon vin» qu’il qualifie aussi d’«excellent ». « Excellent », dit, lui aussi, Robert de Torigny à la même époque, en parlant du vin de  Longueville ( près de Vernon, Eure). Avranches (Manche) et plus particulièrement le vignoble de Brion, est cité avec éloge et il est dit que son vin est « bon ».

Donc des commentaires favorables, confirmés bien plus tard (en 1766) par l’auteur des Nouvelles recherches sur la France qui disait que le vin d’Illiers (Illiers-l’Evêque, à mi-chemin entre Marcilly-sur-Eure et Nonancourt- département de l’Eure)  valait bien celui de la Champagne (« il ne le cède point aux vins de Champagne en delicatesse ») et «… que quelques géographes modernes viennent dire hardiment qu’ils ne croient (sic) point de vin en Normandie, si la preuve que j’en apporte ne les satisfait pas encore, je les renverrais à l’excellent vignoble de Menilles, Vaux, Hardencourt, Ecardenville (…) paroisses situées à trois petites lieues d’Evreux, et dont le vin, en certains cantons, peut aller de pair avec celui de Bourgogne».

Toutefois, l’impression dominante est celle de vins médiocres mais il semble difficile de condamner les vins normands en bloc. Certains pouvaient se montrer meilleurs (ou seulement moins mauvais !) selon la provenance et l’année. Le vin d’Evreux, ville pourtant bien proche de la vallée de l’Eure, semble avoir été de qualité très inférieure, comme le montre l’attitude de Charles le Mauvais au XVè siècle. Lorsqu’il résidait à Evreux, il s’approvisionnait en vin de la vallée d’Eure pour lui et ses proches mais laissait le vin d’Evreux à ses troupes. Quant aux bourgeois de la ville, ils avaient banni le vin local de tous les repas officiels !

Toutefois, la réputation du vin normand n’est pas toujours aussi grande que sa consommation et, chaque fois qu’ils en avaient les moyens, les Normands, qui savaient aussi apprécier ce qui est bon, achetaient des vins venant de l’Orléanais ou même de plus loin. Ils prisaient assez peu les vins de Bordeaux et estimaient beaucoup le vin bourguignon. Au XVè siècle, l’archevêché de Rouen faisait régulièrement venir du vin d’Irancy, de Tournus, de Saint-Pourcain, d’Espagne et de Hongrie. On observe aussi que dans nombre d’institutions monastiques les religieux ne boivent pas le même vin que leurs familiers : les premiers ne se contentent pas de la médiocre boisson locale. On l’a vu au Mont-Saint-Michel avec le vin de Brion , que les religieux  laissaient aux serviteurs;  on le voit aussi à Saint-Michel de Préaux, près de Pont-Audemer : là, dès le XIè siècle, les religieuses de Saint-Léger abandonnent le vin local à leurs domestiques…

Nombre d’auteurs ne cachent pas qu’ils trouvent ce vin imbuvable, une véritable piquette : « Ce territoire est hostile à Bacchus » disait-on au XVIè siècle et un autre auteur de la même époque écrivait:
« 
Les vins de Haute-Normandie ne sont ni vineux, ni forts, ni généreux.
Ne doivent être pris et souhaités qu’à défaut de mieux… 
»

A la fin du XIVe siècle, Maître Olivier Basselin consacra au vin normand un couplet assassin dans ses vaux-de-vire, chansons à boire et satiriques qui donneront naissance aux vaudevilles:
« 
De Colinhout  (*) ne beuvez pas,
car il mène l’homme au trespas. 
»
(*) Vin de l’abbaye de Jumièges,  récolté autour de celle-ci, principalement dans le village de Conihout ( département de la Seine Maritime)
et il parle aussi du
«
vin trenche-boyau d’Avranches
et rompt-ceinture de Laval 
»

Certes Laval est en dehors des frontières de la Normandie mais son vin n’était pas meilleur pour autant. Les Annales et chroniques du pays de Laval  disent de lui en 1519 :
il « 
Estoit lors de plusieurs couleurs

Blanc, rouge, vert ; puis les saveurs
Ne revenoient point bien aux dens.
 »

Des remarques insérées çà et là dans des actes notariés  montrent que les gens du Moyen-Age savaient apprécier la qualité d’un vin ou l’absence de celle-ci ! Témoin ce chevalier, Roger Gernet, dont on payait les services en partie avec du vin d’Argences au début du XIIIè siècle, qui fait stipuler « à condition que ce vin fût sain et potable.» Voilà qui dit clairement que ce vin pouvait n’être ni sain ni buvable !

Un dernier avis ? Regnard, un poète de la fin du XVIIè siècle avait visité la Normandie et à chaque étape il écrivait quelques vers sur la ville traversée. Arrivé à Vernon, alors que le lecteur espère trouver une description de la ville à l’époque de Louis XIV, Regnard écrit ce seul vers:
«
De Vernon je dirai rien pour le mauvais vin qu’on y but. »

Le commentaire est dur mais très certainement juste, au moins pour certaines années….

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Consommation au XIVe siècle

Annexe 3 – Cidre, vin de pays et importations au XIVe siècle

Entre 1350 et 1378, le comte d’Evreux était un puissant seigneur normand dont les terres dans le département de l’Eure occupaient une large bande allant de Vernon à Pont-Audemer et débordant même sur le département du Calvados avec la vicomté d’Orbec. De plus il possédait la quasi-totalité du Cotentin. Le livre de compte des recettes et dépenses du comté – heureusement conservé malgré les siècles – enregistre méticuleusement toutes les dépenses effectuées pour le service comtal et en particulier les achats pour le ravitaillement des garnisons des châteaux ou de l’Hôtel du comte1.

Le cidre est souvent mentionné dans ce livre. Il apparaît comme le concurrent du vin mais le livre de compte ne fait qu’une seule mention de cette boisson à Orbec et aucune dans l’Eure, où, manifestement, il n’est pas encore connu vers 1370 et où le vin prédomine. Par contre, le cidre est présent en abondance dans toutes les caves des châteaux du Cotentin, à Carentan, Avranches, Gavray et même dans l’Hôtel du prince auquel sont livrés plus de 70 hl en mars ou avril 1369. La concurrence est sérieuse mais le vin ne manque pas pour autant dans ces mêmes châteaux.

Dans ce livre de compte, on constate aussi que, chaque fois que possible, on cherche à consommer le vin local pour éviter les longs transports. Ainsi en janvier 1369 un tonneau de vin d’Avranches est livré au château de Gavray, situé à un trentaine de kilomètres de là. A Evreux dix «queues de vin (sont) mises au-dit chastel d’Evreux» en novembre et décembre 1369 : les fournisseurs de sept queues sont des vignerons de Gravigny, paroisse limitrophe d’Evreux et les trois autres queues ont été achetées à moins de 10km du château.

Il n’en va pas de même dans le Cotentin qui produit très peu de vin. Certes, du vin d’Avranches est acheté mais en très petites quantités; le « vin de pays» qu’on livre dans les châteaux vient de la vallée de l’Eure, après un long voyage sur l’Eure, la Seine et par la voie maritime jusqu’aux ports du Cotentin. Puisqu’un transport assez long et onéreux est nécessaire, pourquoi ne pas faire venir des vins méridionaux qui sont de bien meilleure qualité? De plus, le coût du transport, de Bayonne ou de Bordeaux vers Régneville est approximativement le même que depuis l’Eure. De plus, des achats dans la Sud-Ouest de la France ou l’Espagne sont d’autant plus simples, évidents et logiques que le même personnage, Charles, est à la fois comte d’Evreux et roi de Navarre, un petit royaume sur le flanc sud des Pyrénées espagnoles, côté Atlantique. L’administration comtale a donc toute facilité pour se fournir en vin espagnol dans les domaines du roi. Pour le coup, on boit des vins d’Espagne, de Gascogne et plus généralement du Sud-Ouest. (Charles est en bons termes avec les anglais de Guyenne.) Ces vins, d’une certaine qualité, qui arrivent en Normandie ne sont pas réservés uniquement aux plus grands personnages, comme on aurait pu le penser, mais sont bus aussi par les « gens du commun ».
Le port de Régneville (sur la côte ouest du Cotentin, près de Coutances) était un grand centre d’échanges internationaux par lequel transitaient de nombreux produits et tout particulièrement du vin dont les taxes rapportaient gros au Trésor du comte d’Evreux. Des marchands gascons y avaient créé des comptoirs et chaque année ils importaient 17 à 18 000 tonneaux de ce vin ! Le chiffre peut sembler énorme, mais c’est celui que donne un mandement de Charles VI en 1408 qui déclare que « enquel temps du feu roy de Navarre il venait et pouvait bien arriver chaque an de dix sept à dix huit mille tonneaux de vin. »1

Un peu au-delà de Régneville se trouve un petit ruisseau nommé le « Passe-vin ». Il tient peut-être son nom des fraudeurs qui, pour ne pas payer les taxes à l’importation, déchargeaient discrètement leur cargaison un peu plus loin que le port, près de ce ruisseau.

Voici quelques extraits du livre de compte du comté d’Evreux :
Au château de Gavray (une douzaine de kilomètres au sud-est de Coutances) en 1367 sont livrés « 1 tonnel de vin de Gascoigne, 1 tonneau de vin d’Espaigne, 1 tonnel de vin du Poitou, 19 pipes de vin de païz, 2 pipes de vin d’Anjou, 35 tonneaux de sidre.» Du 1er janvier au 18 février 1369, toujours à Gavray, sont livrés un tonneau de vin d’Avranches, un de « vin vieux de Gascogne », deux de cidre et un de vin d’Anjou. Au printemps de la même année 1367, messire Louis de Navarre, frère et lieutenant de Monseigneur le comte, est à Cherbourg et le Trésorier enregistre pour lui et sa suite : « pour la dépense des gens du commun de l’Hôtel de Monseigneur depuis le 18e jour de février CCCLXIX jusqu’au 6e jour de mai, comme il apparaît par une cédule de Messire Jehan de Crevecoeur, maître d’Hôtel de Monseigneur:
Premièrement 2 tonneaux de vin d’Espagne, 1 de Grenache apportés depuis Régneville pour Monseigneur à Cherbourg.
Item, 2 pipes de vin de pays, apportées depuis Régneville.
Item, 8 pipes de vin de pays, 7 tonneaux et ¼ de tonneau de cidre pour la dépense des gens du commun.
Item, 1 tonneau de vin d’Espagne pour la dépense des gens du commun.»

Dans tous ces achats, on note la place tenue par le cidre, suivie d’assez loin par des vins régionaux et la part, limitée certes mais réelle, prise par les vins importés.

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La concurrence du cidre

Extrait du chapitre 3 – La culture de pommes est attestée dans la provnce dès le Xème siècle ( celle du vin, bien  avant,  au VIIè) , et des noms de lieux  en conservent la trace, comme Ybléron (village situé  près du Havre) dont le nom  en vieux danois signifiant approximativement «pommeraie». La première mention du mot «cidre» se trouve dans un texte du chroniqueur normand Wace vers 1130 -1140. Mais à cette même époque le vignoble normand avait atteint son expansion maximum et il recouvrait  la quasi totalité des coteaux normands,  même dans des endroits où, aujourd’hui, on n’imaginerait pas trouver des vignes, comme sur la côte ouest du Cotentin ou à Cherbourg.

Entre le XIIe et le XVe siècle, le cidre s´est développé en Normandie – par l’apport de nouvelles variétés de pommiers venues d´Espagne, disent certains historiens.. Au commencement du XIIè siècle , se rendant  à Bayeux et à Caen, le moine Raoul Totaine affirme qu’il n’a trouvé aucun vin à boire, mais seulement du cidre, qu’il jugea d’ailleurs imbuvable. A cette même époque les mentions de cidre deviennent  nombreuses : dans un acte de 1183 les religieux de Jumièges reçoivent une donation de pommes pour faire du cidre; celui-ci figure aussi pour la première fois dans les tarifs des prévôtés de Caen et de Pont-Audemer dès la fin du siècle. A partir du XIIIè siècle, de nombreuses chartes, en particulier dans les vallées de la Risle et de la Touques, mentionnent que, parmi les corvées exigées par les seigneurs, il y a la fabrication du cidre. Cependant il paraît certain que l’usage courant de cette boisson ne s’est répandu que plus tard encore en Haute Normandie: le département de l’Eure ne le connaît guère avant le XVIè siècle. Julien  Paulmier de Grandmesnil dans son Traité du vin et du cidre publié en 1588 affirme qu’un demi-siècle plus tôt – soit vers 1540 –  le cidre était encore rare à Rouen et inconnu dans le Pays de Caux où le peuple ne buvait que de la bière. Le Perche, de son côté, n’avait guère apprécié cette boisson avant le XVIè siècle.

Il n’empêche. Pendant tout le Moyen Age, les pommiers progressaient au rythme où disparaissaient les vignes. Le cidre fut un rude concurrent pour le vin. Il est évident que la culture de la pomme est mieux adaptée au climat normand que celle de la vigne, et que la probabilité d’avoir une récolte convenable, voire bonne, est bien plus grande avec des pommes qu’avec du raisin. Voilà un bon argument pour un paysan dont les vendanges étaient trop souvent gâtées ou même anéanties par la pluie.

Le seul fait que Paulmier ait publié son livre, suggère Emmanuel Leroy Ladurie  (Emmanuel Le Roy Ladurie, Histoire humaine et comparée du climat, XIIIè – XVIIIè siècles, Paris, 2004 ) « c’est l’indice d‘un changement dans les habitudes de consommation, reportées depuis le vin devenu trop cher (même et surtout en production locale) jusqu’au cidre tenu désormais pour boisson indigène et donc meilleur marché.»  Effectivement, l’acheteur, surtout l’acheteur populaire, trouvait son compte avec le cidre dont la queue (d’une contenance de 2 muids soit environ 540 litres) était vendue au XVè siècle entre 1 livre 5 sous (minimum en 1479) et 3 livres 17 (maximum en 1461).  Par comparaison, à la même époque, le vin de la région de Vernon valait entre 4 et 12 livres, à quantité égale, ce qui veut dire qu’il était trois à cinq fois plus cher que le cidre. Plus tard, à Caen vers 1730, la différence était encore plus grande puisque le muid de cidre valait 10 à 12 livres alors que le vin local allait de 45 à 120 livres selon les années (de 4 à 10 fois plus cher). D’ailleurs, les Caennais ne buvaient déjà plus guère que du cidre depuis longtemps : en 1733 les cabarets de la ville vendaient 1.005 pots de vin contre 42.916 pots de cidre, soit quarante fois plus.

Du coup, un vignoble  comme celui d’Argences, dont le débouché naturel était la ville de Caen, n’a cessé de régresser pour disparaître presque complètement à la fin du XVIIIè siècle. (Pages 51 – 52)

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